Cartouche de vapotage CBD posée sur fond clair, illustration de l'analyse des métaux dans les dispositifs de vapotage cannabis

Vapotage de cannabis : la veille INSPQ de mars 2026 confirme la présence de chrome, nickel et plomb dans les cartouches

La veille analytique de l’INSPQ publiée à Québec en mars 2026 rouvre un dossier que la filière du vapotage de cannabis préfère souvent éviter : la contamination métallique des cartouches. En s’appuyant sur deux études parues en 2025 dans Scientific Reports et Frontiers in Toxicology, l’institut québécois confirme que chrome, nickel, plomb, cuivre et molybdène peuvent migrer du dispositif vers le e-liquide, puis vers l’aérosol inhalé. Pour les utilisateurs européens, ces données posent une question concrète : que sait-on vraiment de ce que l’on vapote ?

Une synthèse en deux études : variabilité dans le lot, dépassements dans l’aérosol

La veille INSPQ s’articule autour de deux travaux indépendants mais convergents. Le premier, signé Gajdosechova et coll. (2025) dans Scientific Reports, est intitulé « Tracking metal presence in cannabis vaping products from source to inhalation ». Les auteurs ont analysé cinq échantillons issus de six produits légaux du marché canadien, soit trente cartouches au total, afin d’évaluer si l’analyse d’une cartouche unique peut représenter un lot de production entier. Réponse : non, pas vraiment.

Le contenu en métaux varie significativement d’un échantillon à l’autre au sein d’un même lot. Trois éléments tirent particulièrement la variance vers le haut — cobalt, nickel et zinc — tandis que la dispersion des mesures pour une même cartouche concerne surtout le chrome et le nickel. Autrement dit, deux cartouches sorties du même lot peuvent afficher des profils métalliques différents.

Le second article, Achuthan, Waye et Abramovici (2025) dans Frontiers in Toxicology, complète l’image. Les auteurs ont confronté les concentrations mesurées dans les produits canadiens réglementés (cannabis séché et liquides de vapotage) aux limites journalières de la Pharmacopée européenne. Bonne nouvelle pour les métaux dits de Classe 1 — arsenic, plomb, cadmium, mercure : les limites sont respectées dans tous les cas. Moins bonne nouvelle pour cuivre, molybdène et nickel : aux concentrations maximales mesurées, les limites sont dépassées y compris pour un usage quotidien typique au 50ᵉ centile.

Quels métaux, à quels niveaux, et où exactement ?

Le détail mérite l’attention. Dans les liquides de vapotage, les estimations indiquent que les niveaux de chrome et de nickel pourraient excéder les limites permises dans certains lots analysés. Dans les aérosols — c’est-à-dire le brouillard effectivement inhalé — le plomb a été détecté dans 50 % des échantillons, en plus des autres métaux déjà identifiés en phase liquide.

L’étude Achuthan ajoute une couche supplémentaire : les valeurs limites utilisées en inhalation ne tiennent pas compte du chauffage du produit. Or, la combustion ou la vaporisation peuvent transformer la spéciation chimique des métaux, leur taille et leur biodisponibilité (Morillas et coll., 2024, sur le tabac). Un même microgramme de chrome n’a pas la même toxicité selon qu’il est inhalé sous forme de chrome trivalent ou hexavalent. Sur ce point, la science est encore lacunaire.

Côté exposition passive, une troisième publication citée par l’INSPQ — Tang et coll. (2025) dans Environmental Science & Technology — modélise l’exposition secondaire aux aérosols simulés de vapotage. Les concentrations détectées en environnement clos restent mesurables, ce qui justifie selon les auteurs de poursuivre les travaux sur l’exposition réelle des proches des consommateurs.

Pourquoi le dispositif compte autant que le e-liquide

Le point central de la veille québécoise dépasse la chimie : il vise la conception même des cartouches. La présence des métaux ne s’explique pas uniquement par la matière première (les distillats de cannabis), mais par les composantes métalliques du dispositif — élément chauffant, soudures, alliages internes. C’est une cause de contamination qu’aucune analyse de matière première ne peut détecter, puisqu’elle survient en aval, dans la cartouche elle-même.

L’INSPQ rappelle que la Société québécoise du cannabis (SQDC) avait déjà anticipé ce risque dans ses appels d’offres : les fournisseurs doivent attester qu’ils n’utilisent pas d’élément chauffant en alliage de nickel, de chrome ou de plomb. Une exigence que l’institut suggère d’élargir au niveau fédéral canadien, et qui interroge le marché européen, où aucune spécification équivalente n’est imposée aux dispositifs vendus avec des e-liquides au CBD.

Quelle lecture pour la France et l’Europe ?

En France, le marché du vapotage CBD n’entre pas dans le périmètre du plan de contrôle DGAL annoncé pour mai 2026, qui vise les produits ingérables. Les e-liquides au CBD relèvent de la directive européenne sur les produits du tabac (TPD, 2014/40/UE) pour la déclaration des dispositifs et e-liquides nicotinés, mais les e-liquides CBD non nicotinés tombent dans une zone moins encadrée, où les exigences de qualité sur les composantes métalliques des dispositifs sont laissées à la charge du fabricant.

Concrètement, pour un consommateur attentif, plusieurs repères ressortent des données INSPQ. D’abord, privilégier des dispositifs dont le fabricant publie une attestation sur les alliages de l’élément chauffant. Ensuite, considérer qu’un certificat d’analyse qui se limite aux quatre métaux de Classe 1 (As, Pb, Cd, Hg) ne couvre pas le risque mis en avant par les études 2025 — il faut au minimum y trouver Cr, Ni, Cu, Mo, Co et Zn. Enfin, garder en tête que la variabilité intra-lot mesurée par Gajdosechova et coll. invalide la logique du « certificat valable pour tout le lot » : deux cartouches identiques en apparence peuvent diverger sensiblement.

Cet article est informatif et ne constitue ni un avis médical, ni une incitation à consommer. Le cadre légal français reste celui d’un taux de THC inférieur ou égal à 0,3 %, sans allégation thérapeutique sur les produits commercialisés.

Conclusion

La veille INSPQ de mars 2026 ne révèle pas un scandale, mais quelque chose de plus lent et plus structurel : le vapotage de cannabis hérite des angles morts du vapotage tout court. Les e-liquides ne sont qu’une partie du problème ; les matériaux du dispositif en sont l’autre, parfois la principale. Tant que les exigences réglementaires européennes ne couvriront pas explicitement le profil métallurgique des cartouches inhalables, les utilisateurs devront se reposer sur des certificats étendus et sur la transparence des fabricants. La science, elle, a posé le diagnostic — il revient maintenant aux régulateurs de l’instruire.

Sources

  • INSPQ — Veille analytique sur les produits de vapotage de cannabis, volume 2, numéro 1, mars 2026. inspq.qc.ca
  • Gajdosechova Z. et al. (2025). Tracking metal presence in cannabis vaping products from source to inhalation. Scientific Reports 15(1), 31939.
  • Achuthan S., Waye A., Abramovici H. (2025). Risk assessment of metals measured in regulated Canadian dried cannabis and cannabis vaping products. Frontiers in Toxicology 7, 1755875.
  • Tang X. et al. (2025). Secondhand Exposure to Simulated Cannabis Vaping Aerosols. Environmental Science & Technology 59(20), 10032-10043.
  • Morillas H., Gallego-Cartagena E., Upasen S. (2024). Metals, nonmetals and metalloids in cigarette smoke as hazardous compounds for human health. Sci. Total Environ. 923.

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *